mardi 13 février 2018

Et si je lâche prise

Si il y a bien une discipline dans laquelle le lâcher prise est essentiel, c'est bien en improvisation théâtrale.

J'ai découvert cette facette de l'art scénique il y a maintenant 8 ans. Elle m'a frappé au visage non pas comme un feu d'artifice éblouit le regard mais plus comme une évidence. Comme la pièce manquante d'un puzzle.

Je me suis rendu rapidement compte que lâcher prise dans le jeu est important mais qu'il pouvait au premier abord également me faire peur.

Imaginerz un instant, un petit oiseau vivant dans une petite cage, qui n'a jamais piaillé une seule fois de sa vie, voir sa cage tout d'un coup disparaître. Il commence par tomber mais réalise assez rapidement qu'il sait voler et se met alors à gesticuler dans toutes les directions jusqu'à en perdre le souffle et la notion des réalités puis soudainement tomber d'un coup au sol.

C'est ce que j'ai ressenti à mon premier cours d'impro.

Comme dans la plupart des disciplines que j'ai pratiquées, l'impulsion première, instinctive, me permettait de créer des scènes dont j'étais fier. Le jeu sans technique mais qui pour moi fonctionnait, la chance du débutant jugé par lui-même qui s'estime bien. Mais au fil des rencontres et des expériences scéniques, une réalité me rattrapa rapidement: je ne pouvais me passer d'apprentissage.

Le voilà le paradoxe, comment lâcher prise sur ce qui doit être appris, appliqué et donc au final, comment contrôler le lâcher prise et comment lâcher prise sur le contrôle ?

Le lâcher prise est un mode de fonctionnement mental.
De nombreux livres que j'ai lus traitent de ce sujet et le lient étroitement à la peur de l'inconnu et donc au manque d'estime personnelle. Mais une notion m'est apparue comme essentielle:

L'esprit est composé d'une partie conscience, et d'une partie inconsciente.
La première est le siège de nos pensées et la seconde nous est imperméable.
L'insconscient est le réservoir de nos pensées profondes, de nos moteurs émotionnels et de nos peurs. Nous ne pouvons le contrôler mais nous pouvons l'influencer...

Voilà le secret: ancrer dans mon inconscient l'apprentissage du lâcher prise !

En fait, de ce que j'en ai appris, l'inconscient est l'atelier de la conscience. Mes pensées sont fabriquées à partir des outils et de la matière qu'il y a dans l'atelier. Si j'y installe un bon plan de travail avec de bons outils et de la matière première de qualité, il ne reste à ma conscience qu'à trouver le bon plan et le tour est joué !
Mais si mon atelier est crade, rempli d'outils rouillés, une vielle planche pourrie, je vais peut-être arriver à quelque chose mais il me faudra d'abord:

  1. Organiser
  2. trier
  3. faire de la place
  4. ranger
  5. nettoyer
  6. équiper
  7. sécuriser
  8. tester le circuit de création
  9. tester le circuit de production
  10. contrôler le produit
Tout un programme qui demande beaucoup de temps et d'énergie... mais qui est essentiel car c'est bien l'inconscient qui est la source de notre imagination, la puissance créatrice !!!

Donner une matière première d'excellente qualité à un atelier médiocre et le résultat en sera médiocre. Par contre, donner une matière médiocre à un atelier expérimenté, il en sortira quelque chose d'intéressant.

L'expérimenté ne craint pas la contrainte. Il l'a sublime.

Vous vous demandez probablement pourquoi je parle du lâcher prise, puis du théâtre d'impro puis de l'inconscient... Tout simplement parce qu'en commençant ce blog, je m'étais mis une pression pour créer: sortir un article par jour.
Une belle contrainte mais qui par moment ne me permettait pas de m'exprimer en pleine détente.

Résultat: perte de l'envie d'écrire simplement.

J'ai donc lâché prise. J'écris ce que je veux dans l'ordre qui m'importe. Peut-être tous les jours ou pas...

Cela n'a pas  d'importance au fond.
Le plus important est de créer.